Expertise végétale

Flashback IHC2022 : façades vivantes, quand le végétal devient structure

Parmi les 25 symposia de ce congrès international, Philippe Faucon a coordonné le symposium sur les green cities. Dans le cadre de cette thématique, le CRITT Horticole a dévoilé ses travaux sur l’architecture vivante à l’IHC2022.

L’IHC, l’horticulture au service d’un monde en transition

LIHC s’est tenu à Angers du 14 au 20 août 2022. Tous les 4 ans, ce congrès est le plus important rassemblement mondial de la recherche sur le végétal spécialisé. Avec plus de 1 500 intervenants, il aborde tous les enjeux actuels liés à l’horticulture, parmi lesquels l’agroécologie, l’alimentation et la santé, l’adaptation au changement climatique.

Parce qu’elles replacent le végétal au cœur de l’espace urbain, les green cities font partie des thématiques amenées à devenir phares. Déjà expert dans l’aménagement paysager des villes et les bâtiments végétalisés, le CRITT Horticole mène depuis 2021 un projet très innovant. Il s’agit de tester la capacité des arbres à fusionner entre eux afin de créer à terme des parois végétales. Ce concept issu des travaux du chercheur allemand Ferdinand LUDWIG, est repris pour la première fois en France par le CRITT Horticole. L’objectif est simple, tester une plus grande variété d’espèces, plus adaptées à nos conditions urbaines et tester différentes modalités de rapprochement entre arbres.

Retour sur cette expérimentation au long cours, dont la présentation lors de l’IHC a suscité un vif intérêt.

L’anastomose, base d’un futur matériau de construction ?

Dans la serre expérimentale du CRITT à Rochefort (17), le spectacle est saisissant. Les arbres tissent des toiles entre eux, forment des croisements solides, sortes de X d’écorce et de bois. Les branches se joignent puis s’écartent à nouveau. Ces parois vivantes pourraient-elles un jour devenir des matériaux de construction à part entière ?

C’est le pari de cette étude menée par 4 chercheurs du CRITT et présentées lors du congrès IHC : Christophe MONTIL, ingénieur paysagiste, Agathe BOMBAIL, ingénieur horticole, Arnaud FERTET, docteur en biologie végétale/moléculaire et Philippe Faucon, ingénieur horticole et référent green cities. « C’est un projet à long terme, explique ce dernier, mais nous avons la chance ici, au CRITT, de pouvoir travailler dans la durée. Car il y a de nombreuses difficultés techniques et réglementaires à lever avant la mise en place de tels projets. C’est d’abord une vision très innovante pour végétaliser les villes qui va bien au-delà des plantations sur les toitures, des aménagements paysagers ou des espaces verts. Ensuite, nous touchons à l’univers de la construction, où tout est extrêmement codifié. Or un arbre est un matériau vivant, dynamique. Comment va-t-on caractériser sa résistance, sa solidité, ses propriétés mécaniques, et rendre ces notions compatibles avec la réglementation du bâtiment ? »

Les chercheurs du CRITT savent que leur projet va bousculer. Il reste donc de nombreuses étapes à franchir.

Manipuler, expérimenter, créer des fusions végétales solides

Comme dans toute recherche, il y a des essais, des tâtonnements, des réussites et des échecs. L’équipe manipule sans relâche et travaille sur des techniques d’assemblage en rapprochant les arbres pour créer des X en fusion parallèle ou croisée entre troncs. Il faut ensuite mettre au point la méthode pour mesurer et vérifier la solidité de ce croisement. « Pour y parvenir, nous avons intégré plus d’arbres dans l’expérience, de manière à en détruire certains au bout d’un ou deux ans. C’est une première phase qui nous permet d’emmagasiner du savoir », reconnait Philippe.

Dans un deuxième temps, le CRITT souhaite expérimenter son projet en situation réelle. Il s’agit de faire la preuve du concept, de démontrer ce qui est possible et ce qui fonctionne. Pour cela, un site pilote a été installé sur un bâti en rénovation, Les Cabanes Urbaines, à La Rochelle, où les parois végétales vont être disposées entre la rue et des terrasses sur pilotis. Le maître d’ouvrage et les architectes, Alterlab, en charge de cette réhabilitation sont très favorables à l’idée de participer à cet essai, qui répond parfaitement à leur approche écologique.

De l’innovation, de la prospective… et de la patience !

Il faudra entre 3 et 5 ans pour analyser ce premier test grandeur nature. Conscients des délais nécessaires pour valider leur idée et mettre au point ensuite un modèle économique, les chercheurs du CRITT n’en sont pas moins convaincus d’aller dans le sens de l’histoire.

Comme le constate Philippe Faucon, « tout le monde comprend l’intérêt de végétaliser une façade ou une toiture, mais notre concept va plus loin. Notre ambition est de créer un écosystème autour des bâtiments avec une vraie valeur ajoutée au regard des enjeux environnementaux des villes : favoriser la biodiversité, capter du CO₂, apporter de l’ombrage et aider à réguler la température des constructions et pourquoi pas cultiver des espèces comestibles pour procurer des fruits aux habitants. Les épisodes de canicule et de sécheresse montrent qu’il n’y a pas une seule bonne réponse, mais un ensemble de solutions pour gérer l’eau sur un territoire urbain et la restituer dans le sol. Notre idée n’est pas révolutionnaire et nous restons humbles, mais nous pensons ainsi prendre notre part pour relever ces défis. »

Quel fut l’accueil des participants lors de la présentation à l’IHC de cette architecture végétale ? De l’incompréhension d’abord face à un concept aussi novateur puis, très vite, des demandes d’explication et de l’adhésion, voire de l’enthousiasme. Innovation, prospective, réponses à un marché en mutation… en poussant, les parois vivantes du CRITT de Rochefort sortent du cadre et font bouger les lignes !

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Interview réalisée par Claire Goutines