Expertise végétale

Mon travail au CRITT : Expérimentations horticoles et innovations végétales avec Agathe

Que fait Agathe Bombail aujourd’hui ? En train de veiller sur l’un des programmes de recherche menés par le CRITT Horticole ? En pleine élaboration d’une installation d’aquaponie ? Au chevet des membranes d’étanchéité pour toitures végétalisées ? Rendez-vous avec cette ingénieure en horticulture dans la vaste serre de 3000m².

 

Agathe, vos missions sont multiples au sein du CRITT…

Je suis arrivée ici en 2018 comme chargée d’études pour développer un prototype de culture rotative pour l’agriculture urbaine puis mon poste a évolué pour m’occuper plus particulièrement de la serre expérimentale. Je travaille également au sein du Bureau d’études du CRITT.

 

Cette serre est un dispositif unique, n’est-ce pas ?

Absolument. Il existe d’autres plateformes expérimentales en France mais elles sont souvent dédiées à des filières spécifiques, alors qu’ici, nous menons des recherches transversales, y compris celles qui ne rentrent dans aucune catégorie ! Nos équipements permettent cette polyvalence, nous pouvons produire du chaud, du froid, faire varier la lumière, moduler les arrosages par-dessous les plantes, par-dessus ou en goutte à goutte… le tout au service de l’innovation végétale.

 

Quelles cultures étudiez-vous ?

Certaines explorations sont continues, comme nos travaux sur les membranes d’étanchéité pour les toitures végétalisées, d’autres répondent à des demandes de clients à court, moyen ou long terme. Je pense à des tests de résistance au stress hydrique que nous avons menés pendant plusieurs semaines, ou à une investigation de grande ampleur pour la filière viticole pour laquelle nous étudions les impacts sur les pieds de vigne depuis 3 ans. Et enfin, nous réalisons aussi des recherches en R&D qui nous sont propres, par exemple sur l’architecture urbaine.

Dans tous les cas, je conçois les réglages pour conduire l’essai, en construisant ou non le protocole d’expérimentation selon la demande du donneur d’ordre, puis j’effectue les relevés nécessaires pour ensuite exploiter les données.

 

Y a-t-il des tests que nous ne faites pas ?

Oui car plusieurs cultures cohabitent en permanence au sein de la serre. Nous refusons donc tout ce qui est dispersion d’insectes ou de maladies, ce serait trop dangereux pour toutes ces plantes.

 

Et au sein du Bureau d’études, quels sujets traitez-vous ?

Difficile de répondre à cette question tellement c’est varié ! Selon les demandes, nous répartissons les thèmes entre nous. Moi je suis intervenue par exemple sur le projet vigne évoqué plus haut, j’ai mené, avec un autre collègue, des recherches bibliographiques pour concevoir le test et j’ai conduit l’essai sous serre pendant 3 ans. Je vois maintenant que le client utilise ces travaux concrètement, c’est très valorisant. Notre but est toujours de mettre au point une expérimentation, d’analyser les résultats puis de proposer des solutions efficaces.

 

Avez-vous d’autres exemples ?

Nous avons été consultés sur un projet de construction d’une serre en aquaponie, pour faire des recommandations sur les équipements intérieurs : bacs à plantes, station de fertilisation, réfléchir aux différents flux… Cela peut relever aussi de la réglementation des produits à base de plantes, je pense à une entreprise qui ne savait pas si son mélange relevait des engrais, des phytosanitaires ou du biocontrôle. Nous l’avons aidée à catégoriser son produit.

 

Parlez-nous de vos travaux sur les membranes ?

Le CRITT Horticole est agréé pour mener, les tests de résistance conformes à la norme européenne EN 13948, afin d’obtenir le marquage CE. Pour ces expériences, nous sommes sous-traitants du CSTB (Centre scientifique et technique du bâtiment). Nous répondons également aux critères plus exigeants de la norme allemande FLL. Les industriels inventent sans cesse de nouvelles membranes utilisées dans les toitures végétalisées. Ils nous confient leurs innovations pour que l’on éprouve leur étanchéité. Nous les malmenons avec des Pyracanthas, qui sont dotés d’un système racinaire redoutable ! Tous les 6 mois, nous soulevons les bacs d’études, pour observer si les racines des Pyrancanthas ont réussi ou pas à percer le dispositif d’étanchéité. Si tout est normal au bout de 2 ans, la membrane sera homologuée.

 

Interview réalisée par Claire Goutine et mise en image par Franck Prével.