Expertise végétale

Mon travail au CRITT : Résistance des colorants végétaux à la lumière avec Christine

La mise au point de colorants et pigments végétaux est l’une des spécialités du CRITT Horticole. Les équipes mènent actuellement des travaux afin d’améliorer leur résistance à la lumière. Explications du Dr Christine Brunet, ingénieure R&D au CRITT Horticole, et responsable du laboratoire colorants et pigments végétaux.

Résistance des colorants végétaux à la lumière

Les molécules colorantes végétales présentent une forme chimique très spécifique, qui capte les rayons lumineux et renvoie une couleur. Cette structure chimique a un impact, selon les plantes, sur la variabilité de leur tenue (ou résistance) à la lumière, avec risque de changement ou de perte de coloration. « Historiquement, les couleurs grands teints, comme les rouges issus de la Garance, les jaunes provenant du Réséda ou les bleus de l’Indigo, résistent mieux que les couleurs dites petits teints. Nous cherchons donc à adjoindre des ingrédients, en réalisant une fonctionnalisation, pour stabiliser la molécule des colorants naturels et ainsi les protéger des UV. »

Encore faut-il trouver une méthode, afin de respecter le caractère écologique du pigment. Les ingénieurs du CRITT travaillent sur deux pistes : les enzymes et la micro-encapsulation.

Les enzymes réagissent bien !

Christine Brunet a lancé plusieurs tests de laboratoires avec ces protéines actives naturelles et devrait poursuivre en 2025 à plus grande échelle. En nous appuyant sur la bibliographie, nous espérons des résultats encourageants : « Un tissu teint avec un colorant végétal modifié grâce à des enzymes montre une meilleure résistance à la lumière. Pour cela, nous mettons le textile dans une machine équipée d’une lampe à Xénon pendant 48h, avec une partie cachée et une autre exposée à la lumière, puis nous comparons. »

Pour l’instant, ces essais seront réalisés sur du coton, car les fibres des textiles d’origine végétale, tels que le coton, le lin ou le chanvre, accrochent moins bien la couleur. Plus compliquées à teinter que celles d’origine animale (laine et soie par exemple), les tests effectués sur ces matières sont d’autant plus exigeants. « En 2025, nous allons croiser les protocoles en variant les tissus, les colorants et les durées d’exposition », précise Christine.

 

Des petites billes pour piéger la couleur

L’autre piste de recherche suivie par Christine Brunet consiste à expérimenter la micro-encapsulation d’un colorant, « c’est-à-dire utiliser des microbilles qui piègent la molécule colorante et la protègent des UV. » Là encore, les retours sont positifs. Les scientifiques constatent une décoloration moins importante quand le pigment végétal est encapsulé. « Mais cette technologie limite les domaines d’applications, car elle est adaptée aux formules liquides et plus difficile à manier pour teindre des textiles ».

Or le CRITT Horticole fournit des colorants et pigments végétaux pour de nombreuses activités, telles que la cosmétique, le textile, la peinture, les emballages, les plastiques, les bio-matériaux, etc. Les essais vont donc se poursuivre au laboratoire de Rochefort afin de mettre au point des techniques de résistance naturelles et non synthétiques. La demande est forte, comme l’a rappelé Christine Brunet lors de son intervention au CFIB2024, la Conférence Francophone sur les Ingrédients Botaniques. Les industries souhaitent de plus en plus des solutions durables et respectueuses de l’environnement à partir de sources végétales. En maintenant un haut niveau d’innovation, les travaux de recherche du CRITT Horticole répondent aux besoins émergents des filières de production.