Mon travail au CRITT : Des pigments végétaux sans sels d’aluminium par Luc
De plus en plus d’entreprises souhaitent disposer des pigments végétaux sans sels d’aluminium. Au laboratoire colorant du CRITT Horticole, Luc Lagarde travaille sur cette question, avec des premiers résultats à la clé.
Depuis plus de 20 ans, le CRITT Horticole mène des recherches sur les plantes tinctoriales et la mise au point de colorants et de pigments végétaux. En effet, dans le domaine de la couleur peuvent être distingué les extraits colorants solubles, qui seront dissous dans la matière, gel douche, shampoing, teinture capillaire ou textile en compagnie d’un mordant, des pigments insolubles destinés à des bases de formulation non-aqueuses : savons, peinture, rouges à lèvres… On parle alors de dispersion. Reconnues pour ce savoir-faire spécialisé, les équipes du CRITT Horticole ont été dernièrement sollicitées par différents secteurs industriels, notamment en cosmétique, pour trouver une alternative aux sels d’aluminium, dont fait partie l’alun.
Luc, à quoi sert l’alun dans les pigments naturels ?
L’Alun est historiquement utilisé pour fixer les particules colorantes sur un support minéral insoluble (carbonate, argile…). Or la réglementation de l’industrie cosmétique évolue vers une baisse, voire une suppression à terme, des sels d’aluminium dans les produits. D’où la volonté du CRITT Horticole de développer des pigments végétaux sans sels d’aluminium.
Par quoi peut-on les remplacer ?
Nos recherches portent sur l’emploi d’autres sels métalliques. Depuis 18 mois, nous menons des expérimentations pour tester des protocoles entre ces différents sels et plusieurs plantes. La difficulté est que l’Alun peut fixer les molécules colorantes sur le support, quel que soit le végétal. Ce qui n’est pas le cas des autres sels. Il faut donc adapter les protocoles pour chaque plante, en mesurant toutes les variables : température, pH, durée de réaction…
Quelles sont les avancées ? Certaines formulations sont-elles abouties ?
Oui pour le Sorgho, qui procure une belle couleur brun rouge. Le pigment est aujourd’hui commercialisé par Couleurs de Plantes, notre partenaire privilégié en extraits végétaux et pigments colorés. Pour le jaune, la mise au point est prête avec du Réséda et nous allons lancer bientôt le protocole pilote. C’est plus long pour le rouge issu de la Garance : nous ne sommes pas loin, mais cette couleur est plus difficile à fixer, en raison de la diversité des molécules colorantes de cette plante. Elle en contient près d’une vingtaine !
Jaune, rouge… vous avez privilégié les couleurs primaires dans vos recherches ?
Oui, d’autant que ces trois plantes -Sorgho, Réséda et Garance- proviennent de cultures locales dans les Deux-Sèvres et en Charente-Maritime. Afin de garantir une qualité constante, nous travaillons en contrat avec des agriculteurs partenaires : nous leur fournissons nos propres graines, produites dans nos serres, et ils les cultivent selon notre cahier des charges. Outre le fait que le CRITT sécurise l’achat de cette récolte, les producteurs y trouvent un autre avantage car ces plantes sont souvent élevées entre deux rotations de culture, sur des sols en repos.
Quelles sont les prochaines étapes ?
La prochaine étape sera de lancer des tests pour compléter notre gamme de pigments végétaux sans alun. Il nous manque des bleus, des verts, des orangés… Pour répondre aux nombreuses nuances des palettes de produits de maquillage, il nous reste beaucoup de travail au laboratoire !
Interview réalisée par Claire Goutines et mise en image par le CRITT Horticole.
