Expertise végétale

Mon travail au CRITT : Paysagisme et concertation citoyenne avec Christophe

concertations citoyennes paysagistes

 « Nous sommes des médiateurs, à la jonction de tous les acteurs qui interviennent dans l’aménagement des villes », déclare Christophe Montil, ingénieur paysagiste au CRITT Horticole. Son travail s’inscrit dans la maîtrise d’œuvre de projets urbains et comporte un volet social important en organisant des concertations citoyennes paysagistes.

L’heure n’est plus à la minéralisation. Face à l’urgence climatique, aux phénomènes météorologiques violents et au manque d’eau, les localités cherchent désormais à intégrer dans l’espace citadin des respirations végétales, favorisant à la fois la fraîcheur, les déplacements doux, la biodiversité, l’infiltration des pluies dans les sols… Un défi sur lequel travaillent depuis longtemps les équipes du CRITT Horticole. « Le risque actuel est de n’apporter que des réponses techniques, en perdant de vue la fonction d’une ville, qui est de proposer à ses habitants un cadre de vie cohérent et agréable. C’est là où nous intervenons, en tant qu’experts du végétal mais aussi à l’écoute des attentes des résidents », souligne Christophe Montil.

Brainstorming sur l’aménagement urbain lors des concertations citoyennes paysagistes

Le CRITT Horticole intervient en conception et maîtrise d’œuvre urbaine et rurale. Ces projets de réaménagement – espaces publics, centres-bourg, trame végétale, parcs, etc.- intègrent une partie consultative en amont. Christophe anime ce volet social, généralement organisé en deux phases : « Le premier atelier de concertations citoyennes paysagistes a pour objectif de recueillir la vision des habitants sur leur environnement. Je joue le rôle de facilitateur pour faire émerger des idées et des réactions. Nous travaillons en petits groupes de 5 ou 6 personnes, en mode brainstorming. » Les participants sont tous volontaires pour contribuer à cette consultation citoyenne.

Ainsi sollicités, les habitants s’expriment sur leurs besoins, leur perception des points forts et des points faibles de leur ville, les zones qu’ils jugent dangereuses, un arbre remarquable à protéger ou un trottoir à élargir pour une meilleure sécurité… Ils mettent parfois en évidence lors de ces discussions des problèmes ou des difficultés qui n’apparaissaient pas dans les études préalables. « Chaque porte-parole désigné par groupe expose leurs échanges à l’issue de la séance», précise Christophe, qui dispose de cette matière pour organiser un 2e atelier. Celui-ci sert à faire émerger des propositions concrètes. Puis Christophe réalise une synthèse des deux rencontres à destination des élus. « Au final, ce sont eux qui décident, éclairés par les idées issues des ateliers et par notre expertise du végétal, puis ils présentent le projet en réunion publique. »

Nourrir les différentes perceptions

Parfois, cette démarche participative peut adopter d’autres formes, comme le raconte Christophe, qui se souvient avoir organisé une balade dans la ville avec les élus. « Chacun prenait des photos afin d’illustrer sa vision du territoire et de l’espace urbain. Ce fut très enrichissant car nous avons pu confronter leurs différents points de vue. » Il se rappelle également une déambulation dans un quartier de Niort, pendant laquelle les résidents réagissaient en direct à partir d’une esquisse du projet qu’il tenait dans sa main.

Christophe accorde une grande importance à la dimension affective liée à l’espace public. « À travers mes questionnements, j’amène les participants à s’exprimer sur leur attachement à leur localité, à prendre conscience de la beauté des éléments qui les entourent. Parfois, ils ne les voient même plus. » Et dans le cas contraire, si les habitants soulignent la laideur d’un bâtiment, d’un rond-point, d’une rue ? « C’est une réponse aussi, qui viendra nourrir le projet ! », réagit l’ingénieur paysagiste, souvent confronté à des remarques critiques, comme : « cette place est trop minérale », ou encore « la circulation routière pose un problème »…

Favoriser l’acceptation du projet

Les habitants sont souvent surpris d’être consultés et ceux qui viennent aux réunions arrivent parfois avec des idées préconçues. « Ils repartent généralement ravis d’avoir été écoutés et certains aimeraient même qu’il y ait davantage d’ateliers, remarque Christophe. Dans l’ensemble, ces consultations facilitent la mise en place des réaménagements prévus, puisqu’ils intègrent des propositions formulées lors des échanges citoyens.»

Dans ce rôle de médiateur, Christophe retrouve le fondement de son métier. « Nous sommes un peu comme des chefs d’orchestre à la jonction entre l’architecte, l’urbaniste, l’écologue et le maître d’ouvrage. Je ne perds jamais de vue que notre fonction est de répondre aux besoins des habitants, en créant des espaces de vie où ils sentent bien. »

 

Interview réalisée par Claire Goutines